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Attentats de Paris : Le récit exclusif de la soeur d'Hasna, la complice des terroristes

URBAN HIT

11 mars 2016 à 18h12 par La rédaction

Pour la première fois depuis les attentas de Paris, la soeur d'Hasna, celle qui est morte sous les balles de l'assaut de Saint-Denis nous en dit à son sujet

5612843_11-1-2032679208_545x460_autocrop Le 18 novembre 2015, Djamila (son nom a été modifié) apprend que sa grande soeur, Hasna Aït Boulahcen est morte sous les balles du RAID. Hasna s'était retranchée avec son cousin Abdelhamid Abaaoud dans l'appartement de Saint-Denis. Puis Djamila tombe sur une vidéo où elle entend sa soeur implorer les policiers de la laisser sortir. Djamila s'effondre de tristesse à cette nouvelle. "J'étais en larme" avoue t-elle. Quelques mois après l'assaut, Djamila aimerait en savoir plus sur les circonstances de la mort de sa soeur et éventuellement l'inhumer "quelque part" sur le territoire français. "Ensuite, j'ai vu un reportage dans lequel ma soeur suppliait les policiers de la laisser sortir de cet appartement. Elle ne voulait pas mourir et elle n'aurait jamais fait de mal à quelqu'un. Elle était juste un peu perdue mais ce n'était pas une terroriste" explique la petite soeur d'Hasna.

Une enfance difficile

"Ma s�?ur avait un fort caractère" raconte Djamila. "Elle était assez rebelle. Lorsqu'Hasna a eu 8 ans, nous avons été séparées, avant d'être placées en famille d'accueil, pendant quatre ans. Cette décision a été prise parce que notre mère nous maltraitait. Nous étions très proches, Hasna et moi. C'était ma grande s�?ur, elle me protégeait. Elle était très sportive, faisait de l'équitation, du vélo et adorait aller à la piscine. C'était une fille joyeuse, très gentille et tournée vers les autres. Elle faisait rire tout le monde. D'ailleurs, on l'avait surnommé la Vache qui Rit car elle faisait bien rigoler son monde et elle adorait le fromage !"

Une adolescence décadente

"A 16 ans, ma s�?ur est partie en vacance au Maroc dans la famille de notre cousin Abdelhamid Abaaoud. Elle en est revenue très amaigrie, avec plein de boutons sur le visage. Il a dû se passer quelque chose là-bas mais je n'ai jamais su quoi. Ma s�?ur et lui ne se côtoyaient pas. A cette époque, Hasna portait des mini-shorts, des tee-shirts Jack Daniel's. Elle portait aussi souvent un chapeau de cow-boy. Elle avait un tatouage tribal et un piercing sur la langue. Elle était en  mode vodka, à boire des mojitos dans un bar près de Bastille. On allait en boîte de nuit ensemble. Quand elle dansait, elle se faisait tout le temps draguer. Elle était coquette, portait des talons. C'était une jeune fille de son époque, bien dans sa peau... Elle avait un côté un peu garçon manqué avec sa casquette. Elle faisait du rap aussi et aimait traîner avec les garçons"

Un coeur brisé

A l'automne 2014, elle a commencé à porter le voile. Ensuite, elle m'a dit qu'elle allait se marier. A propos de son futur mari, elle me disait : «  Je l'aime, je veux un homme, je ne veux pas d'un gamin ». Elle avait besoin d'un homme viril, qui la contrôle. Sur la religion, elle ne tenait pas de propos extrêmes. Elle me disait qu'elle faisait ses cinq prières. Elle se rendait beaucoup à la mosquée d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Puis son compagnon est parti dans son pays d'origine pour le Ramadan. Elle s'est sentie délaissée, abandonnée. A son retour, il lui a annoncé qu'il allait se marier avec une autre. Elle était triste. Elle lui a répondu qu'elle allait elle-même se marier avec un Marocain. Elle a fini par me dire que c'était un radicalisé, qu'il allait la battre et l'emmener en Syrie. Elle ne voulait pas de ça".

Le port du Niqab

"Quelque temps plus tard, j'ai vu des photos d'elle en niqab sur sa page Facebook. On ne voyait plus que ses yeux. Je ne l'avais jamais connue comme ça. Je lui ai dit qu'elle ressemblait à Dark Vador. Je pensais que c'était comme un jeu pour elle et qu'elle allait le retirer. J'ai essayé de la raisonner. Elle avait aussi mis une photo de Ben Laden sur sa page Facebook. Je lui ai dis : «  Les gens vont croire que tu es une terroriste. Même si tu es seulement une fille un peu fofolle, les gens vont te mélanger avec ces terroristes ». Elle n'avait pas conscience de la gravité de son comportement. Là, j'ai commencé à prendre mes distances. Je ne voulais plus trop la voir. Je lui ai demandé de retirer son niqab, tout en lui expliquant que je n'aimais pas ce qu'elle était devenue. Notre mère ne lui aurait jamais dit de porter le niqab, à la limite un foulard. Je me dis qu'à travers la religion, Hasna avait trouvé une façon d'exister. Elle voulait se donner une identité, une image".

Elle n'avait d'yeux que pour son cousin

"Je l'ai croisé une fois lorsque j'avais 11 ans à Paris. Tout ce qu'il voulait, c'était visiter la tour Eiffel avec son petit frère. Il était femme, voire glacial. Bien plus tard, quand Hasna a vu notre cousin à la télé, elle voulait savoir comment il avait pu rejoindre l'Etat islamique. Je lui ai tout de suite dit de ne pas essayer de le contacter. Je l'ai clairement prévenue : «  T'as vu les cadavres qu'il tirait derrière sa voiture. Hasna, si tu parles avec lui, c'est la mort qui t'attend...  » Mais elle voulait en savoir plus sur lui. Elle m'a ensuite dit qu'ils avaient parlé ensemble sur Facebook. Elle voulait se marier avec lui. Il lui a répondu qu'il ne cherchait pas à se marier, qu'il n'avait pas la tête à ça et qu'il avait déjà une femme en Syrie avec laquelle il avait eu un enfant. Ce type était un monstre, capable de tout. Ce qu'il a fait est atroce. Pour tuer des gens comme ça, il faut vraiment avoir un c�?ur noir. Ne rien ressentir. Je lui en veux".

Hasna était "trop naïve" au goût de sa soeur

"Pour moi, Hasna a été victime de notre cousin. Elle a été contrainte de lui trouver cet appartement à Saint-Denis. Abaaoud l'avait menacée de tuer d'autres personnes si elle ne faisait pas ce qu'il voulait. Aujourd'hui, les gens ne savent pas qui elle était réellement. Hasna était trop gentille, trop naïve, trop influençable. Elle avait surtout envie d'avoir une famille unie. Elle avait besoin d'amour, d'affection. �?a m'a fait mal d'entendre que ma s�?ur était la première femme kamikaze en France... Je n'y ai jamais cru. Elle aurait été incapable de faire une chose aussi horrible. Parfois, elle était comme une petite fille, elle ne comprenait pas tout. Il fallait la consoler aussi. Elle avait besoin qu'on l'écoute. Elle était différente".